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2 avril 2015 4 02 /04 /avril /2015 00:22
Cette année, le calendrier grégorien et le calendrier hébraïque coïncident, et les pratiquants des deux fois célébreront Pâques - Pessah pour les hébreux - ensemble.
Au soir de vendredi 3 avril 2015, Vendredi Saint pour les chrétiens, les Enfants d’Israël célébreront donc la sortie d’Egypte, fête importante puisque commémorant leur libération de l’esclavage, et qui se déroulera durant 8 jours.
Les Chrétiens quant à eux verront l’apothéose de cette fête le dimanche de Pâques, 6 avril 2015, avec la bénédiction du Pape « Urbi et Orbi », à la ville et au monde…
Elle est, je crois, pour eux l’une des principales fêtes, juste après Noël, la nativité de l’enfant Jésus. Ses racines se trouvent dans la fête juive du même nom, Pâques – Pessah. Non seulement, le nom de la fête juive est conservé, la période de l’année ou elle se déroule aussi (plus ou moins), mais une partie de sa signification est aussi conservée, même si elle est largement réinterprétée au bénéfice du culte chrétien.
Cependant, le témoignage des Evangiles est clair : Jésus le nazaréen respecte scrupuleusement la fête dans son sens et dans sa pratique juive : Pessah est une fête de pèlerinage à Jérusalem, et Jésus ne se soustrait pas à cette obligation qui incombe à tout juif… J’ai retenu la phrase d’un prêtre chrétien qui dit « ce choix montre qu'il concevait sa mission comme accomplissement de la mission permanente d'Israël que chaque Pâque juive confirme. C'est pourquoi les chrétiens, dès l'origine, ont célébré la Passion-Résurrection de Jésus dans l'esprit de l'Exode comme définitif passage de l'esclavage à la liberté. Cette signification, Jésus l'a donnée lui-même dans le rite du repas pascal juif qu'il prend avec ses disciples ».
Et, effectivement, dans la mémoire collective chrétienne, cette fête est surtout symbolisée par ce tableau devenu célèbre, de Léonard de Vinci, La cène. Or, ce que raconte La Cène, c’est exactement ce que vont vivre toutes les familles juives répandues sur la surface de la terre. Ce que célèbre Jésus ce soir-là avec ses disciples et aux autres présents, est exactement la même chose que ce qui se déroule à toutes les tables juives le soir de Pessah.
Tout commence par un commandement de la Thora (Le Pentateuque) : « Veigadeta lebinha » (Tu raconteras à ton fils) Exode XIII, 8… Je vais donc raconter à mes enfants et petits-enfants l’histoire que mes pères m’ont racontée. Eux-mêmes, la connaissait de la bouche de leurs pères, et ainsi de génération en génération depuis la sortie d’Egypte, par les témoins oculaires de tous les prodiges qui se sont produits alors…
Vous me permettrez de ne pas m’étendre sur la signification chrétienne de la fête de Pâques, mes lecteurs étant certainement largement plus qualifiés que moi sur le sujet. Je me permettrai juste, puisque cela m’est souvent demandé, d’apporter quelques éclairages sur la signification juive de Pessah, uniquement sur quelques aspects parmi des centaines, souvent éclairés par la pensée de R.Nerson ou du Rabbin Shimshon Raphaël Hirsch.
Cette cérémonie et ce Rituel qui marquent la célébration de la sortie d’Egypte s’appelle le Seder, qui veut dire « ordre », évoluent autour de la consommation de mets et de quatre coupes de vin, tous symboliques. La bouche est le lieu par où passe l’aliment, et par où la parole s’exprime pour dire ce que cet aliment porte de symbolisme et de sens. Les sages d’Israël le soulignent par un jeu de mot signifiant : « Pessah » se décompose en Pé – Sa’h « La bouche raconte. »
Dès lors, la table de Pessah et le Seder vont incarner par excellence la vertu de la transmission orale. Les générations vont se rencontrer, vont s’asseoir ensemble pour étudier toute la nuit, et les vieilles bouches vont communiquer aux jeunes oreilles, la mémoire venue du fond des âges, et transmise de génération en génération. Mais, selon la méthode talmudique, il ne s’agira pas uniquement de commémorer, mais surtout d’actualiser, de renouveler la pensée.
La préparation, le récit, les chants, les commentaires, la manière de manger, tout doit contribuer à créer une atmosphère de fête et de joie de la mitsva (du commandement) en conformité avec les prescriptions où les enfants auront la place d’honneur. C’est pourquoi il n’est pas faux de parler d’un Seder interactif dans la mesure où la Haggadah (Récit de la sortie d’Egypte) est conçue sous forme de questions-réponses. Cette soirée commence donc par quatre questions posées par l’enfant le plus jeune de l’assistance. Les enfants sont le centre de cette soirée, et les questions aussi.
Pourquoi les enfants ? Parce que la Thora (comme Moïse qui insiste sur la présence des enfants lors de la lecture de la Thora) attache une importance primordiale à l’éducation des enfants, même les plus jeunes. Il est enseigné dans la partie de Thora qui est le « Credo » d’Israël, le « Chéma Israël », « Ecoute Israël », « Tu les inculqueras (ces devoirs) à tes enfants » Deutéronome VI,7) En sus des raisons proprement pédagogiques, il y a encore une autre explication à la place importante qu’occupent les enfants au cours de cette cérémonie : les enfants ont été parmi les premières victimes des persécutions du Pharaon. Il avait en effet donnée ordre aux accoucheuses des femmes des hébreux de faire périr les garçons (Exode I, 16) et de jeter les nouveau-nés mâles dans le fleuve (le Nil) (Exode I, 22). La Tradition raconte aussi que Pharaon se baignait dans le sang d’enfants juifs égorgés, et lorsque les esclaves juifs ne fournissaient pas un nombre suffisant de briques, des enfants étaient emmurés à la place des briques manquantes…
C’est donc en compensation des souffrances endurées par les enfants juifs en Egypte, que la cérémonie réserve aux enfants de la famille le privilège d’introduire le récit de la délivrance par ses questions concernant le sens des différents symboles de ce soir… Pourquoi les questions ? Parce que ce sont elles qui sont le vecteur de la connaissance. J’ai déjà été amené à expliquer sur ce blog – et ailleurs – que dans la vision juive, la capacité à poser des – bonnes – questions est consubstantielle à la force de l’intelligence. Ainsi, celle-ci se dit en hébreu « Hohma » (c’est aussi l’une des dix sephiroth analyées par la Kabbale), et on peut constater que ce mot est en fait composé de deux autres : « Koah » et « Ma » : la Force du questionnement !
L’enfant va donc poser quatre questions, avec pour leitmotiv : « Pourquoi cette nuit est-elle différente des autres nuits ? »… Et le chef de famille va répondre durant toute la nuit en racontant et en commentant la sortie d’Egypte…. Curieusement, il commencera son récit en montrant le « pain de misère », la Matsa, et aussi sur le statut qui était celui des ancêtres : des esclaves assommée de tâches éreintantes et persécutés. Autrement dit, pauvres et sans espoir, au fond du fond…
Cela, au terme d’un processus très classique : « Les égyptiens nous traitèrent de méchants ». « Et on imposa à ce peuple des fonctionnaires du fisc pour l’accabler de charges : il bâtit pour Pharaon des villes d’approvisionnement, Pittom et Ramsès » Exode I, 10-11. Tout commence donc par la médisance. Comme toujours, l’antisémitisme vient des chefs et la première chose que Pharaon décide avec ses conseillers, c’est de salir l’image des juifs aux yeux des égyptiens, et de les faire apparaître comme des habitants malhonnêtes, prêts à trahir leurs maitres. Voilà la première étape de la persécution en Egypte, étape nécessaire pour faire accepter par le peuple les mesures ultérieures. Car après la médisance, les mesures fiscales spéciales, les impôts spéciaux qui doivent permettre à Pharaon de s’emparer de la fortune des juifs, enfin le dur servage, l’atteinte au corps même, et les assassinats, les massacres…. Ce sont là les étapes classiques de tout antisémitisme que la Thora montre dans leur concrétisation en Egypte. Les mêmes étapes n’ont-elles pas caractérisé la persécution nazie (et celle de ses satellites, notamment Vichy) ? Médisance, puis lois d’exception excluant les juifs de la vie économique, enfin, atteinte au corps dans les camps de concentration et d’extermination (entres autres…).
Mais D-ieu a changé la vie des esclaves hébreux : « Dieu nous fit passer de l'esclavage à la liberté, de la détresse à la joie, du deuil à la jubilation, des ténèbres à une grande lumière, de la servitude à l'affranchissement » (Rituel de Pessah.)
Et depuis, ceux-ci comme leurs descendants n’ont pas oublié ce qu’ils lui doivent et ils continuent de célébrer cette libération et à être reconnaissants. A tel point que : « Dans chaque génération, on doit se considérer comme étant lui-même sorti d’Egypte. »…
A Pessah-Pâques, les juifs pendant les huit jours de la fête, ne peuvent consommer aucun levain, et dont le pain leur est proscrit. Et bien que celui-ci était alors vital, la plupart d’entre eux dans les camps de concentration et d’extermination n’en consommaient pas. Et le soir venu, après la dure journée de labeur sans rien dans le ventre, ils célébraient la sortie d’Egypte…
Un sage qui vivait à Doubno disait que « l’oppression dont nous sommes toujours victimes, ne nous empêche pas de célébrer la libération de l’Egypte, de commémorer solennellement les souffrances de nos pères et la transformation miraculeuse de leur sort. Car nous sommes riches d’une promesse qui nous donne le courage de résister à la tentation du désespoir, à la résignation et à l’abandon.
Cet espoir, les prophètes l’ont proclamé dans des termes à la fois sans ambiguïtés et émouvants : « Dans le temps à venir, Jacob reprendra racine, Israël fleurira et fructifiera, et il remplira le monde de ses fruits. » (Isaïe XXVII, 6). Et aussi : « Voici, les jours viennent, dit l’Eternel, où je conclurai avec la maison d’Israël et la maison de Juda une alliance nouvelle. Non pas comme l’alliance que j’ai conclue avec leurs pères le jour où je les saisis par la main pour les faire sortir d’Egypte : cette alliance ils l’ont violée. Mais voici l’alliance que je conclurai avec la maison d’Israël, oracle de l’Eternel : Je mettrai ma loi au-dedans d’eux et je l’écrirai dans leur cœur. Alors je serais leur D-ieu et ils seront mon peuple. » (Jérémie XXXI, 31). Et de fait, malgré les défaillances à travers lesquelles perce l’âme d’esclave des juifs progressant dans le désert, le peuple dans son ensemble est devenu un peuple d’hommes libres, et ceci grâce à la délivrance miraculeuse.
Combien de fois dans l’histoire n’a-t-il pas prouvé son amour de la liberté : du soulèvement des Maccabées, des soulèvements contre les romains, mais aussi, plus près de nous, le soulèvement du ghetto de Varsovie, précisément la nuit de la célébration de Pâques.
Donc, le récit de ce soir sera en même temps un cheminement intellectuel apte à faire réfléchir sur le sens de l’esclavage et de la libération, que même le plus érudit doit approfondir, car elle constitue la base des obligations des hébreux jusqu’à aujourd’hui : d’esclaves d’hommes ils sont devenus serviteurs de D-ieu.
La sortie d’Egypte est donc l’évènement fondamental de l’histoire du peuple juif… Pessah commémore donc en premier lieu la délivrance physique de l’esclavage des Pharaons. Mais la liberté corporelle ne suffit pas à la dignité humaine. Une étape importante vers cette dernière sera l’acquisition de la liberté intellectuelle grâce à une juste compréhension du monde, car il ne suffit pas d’accumuler un grand savoir : ni la science ni les systèmes philosophiques œuvres humaines ne peuvent justifier le monde…
C’est pourquoi il a fallu la Révélation : pour apprendre que D-ieu est le Créateur, et que le rôle de l’homme est de se soumettre à la volonté de Celui de qui émane tout l’univers. Ainsi, dans ce récit, si D-ieu est parfois désigné sous le terme de « Makom » (lieu, place, endroit) c’est pour rappeler qu’il est partout : D-ieu est présent en tout endroit de l’univers qu’Il a créé.
C’est ce que disent les anges qui, s’adressant l’un à l’autre, proclament : « Saint, saint, saint est l’Eternel Tsévaot. La terre est remplie de sa gloire. » (Isaïe VI,3)
Jérémie aussi (XXIII,24) : « Quelqu’un peut-il se cacher dans un lieu occulte sans que Je le voie ? dit l’Eternel. Est-ce que je ne remplis pas le ciel et la terre, dit l’Eternel ? » 
Et si D-ieu est apparu à Moïse dans un buisson, c’est pour attester qu’aucun endroit, si modeste soit-il n’est vide de la présence divine…. Ainsi au cours du récit, se trouve la phrase « Béni soit D-ieu, omniprésent » pour rappeler que la liberté intellectuelle est un complément indispensable à la liberté corporelle. Mais une nouvelle étape vers la pleine et indispensable dignité humaine sera franchie par l’acquisition de la liberté morale exprimée par la conviction qu’il est du ressort de chacun de faire le bien et d’éviter de faire le mal. Le manque de liberté intellectuelle conduit fatalement à la négation du libre-arbitre : sans liberté morale, on ne voit dans l’histoire qu’une succession d’évènements qui s’enchaînent au hasard, sans intervention divine.
La formule « Bénit soit-il » qui complète l’expression « Béni soit D-ieu omniprésent » vient souligner la nécessité de la liberté morale sans laquelle la liberté intellectuelle ne peut avoir qu’une valeur trop limitée. Mais le terme « Makom » employé par le récit pour désigner D-ieu n’est pas sans présenter un danger : ce nom divin qui évoque la présence de D-ieu dans la nature risque de faire confondre la source de l’univers avec l’univers lui-même et de mener au panthéisme.
C’est pourquoi le Rituel précise que « Makom » est un D-ieu personnel qui intervient dans le monde comme le démontre la révélation du Sinaï ; d’où la deuxième phrase : « Béni soit Celui qui a donné la Thora à son peuple Israël. »
La Thora n’est pas seulement la loi d’Israël, elle est aussi la source de sa connaissance de D-ieu.
Les sages ont enseigné que la pratique des commandements n’a de sens que si elle est accompagnée de la croyance en un D-ieu personnel, créateur et immanent. Cette croyance permet de vivifier l’accomplissement des pratiques qui risquent trop facilement de devenir une simple routine.
Ainsi l’existence d’un D-ieu personnel qui a donné la Thora à son peuple, aux exigences de laquelle il peut librement se soumettre ou se soustraire, voilà les croyances fondamentales dont il faut être persuadé soi-même avant de prétendre donner un enseignement valable…
PESSAH SAMEAH VEKASHER – JOYEUSES PÂQUES A TOUS !

חג פסח שמח וכשר

Et à tous nos Frères chrétiens qui après Vendredi Saint vont fêter dimanche et Lundi la Résurrection, à tous nous souhaitons : JOYEUSES PÂQUES !
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commentaires

L
Cher Emmanuel,<br /> Merci pour cet article.Juste une précision : la Bénédiction du Pape dite URBI ET ORBI se donne le Dimanche de Pâques et non le lundi.BBB
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E
Je te demande pardon, ainsi qu'à tous nos Frères pour cette erreur. Je rectifie immédiatement.

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  • : Le Myosotis du Dauphiné Savoie - Le Blog des Fidèles d'Amour -
  • : Tribune créée dans un premier temps pour véhiculer un combat en faveur de valeurs éthiques et morales au sein de la Franc-Maçonnerie de Tradition. Désormais, ayant contribué au succès de cet objectif, elle se consacre à la défense de celles-ci. Par ailleurs, seront présentés des articles reflétant études, lectures, engagements, et sympathies.
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Référence et remerciements:

 

Par arrêt en date du 20 mai 2015, la cour d’appel de Paris a confirmé le jugement rendu le 6 mai 2014 par la chambre de la presse du tribunal de grande instance qui m'a déclaré coupable de diffamation publique envers François Stifani et Sébastien Dulac, à raison de la diffusion d’un message diffusé le 22 septembre 2010 sur le blog le myosotis-dauphine.savoie.over-blog.com. Je considère cet évènement comme l'attribution d'une Légion d'Honneur.

Merci aux soeurs et frères très nombreux qui m'ont soutenu dans ce combat de cinq années dont je m'honore, et dont je ne regrette rien.

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