Cela fait plus d’un an que la rumeur circule : des Sœurs préparent la création d’une nouvelle obédience strictement féminine, issue de la Grande Loge Féminine de France.
Bientôt, le 25 novembre prochain cela deviendra une réalité.
En effet, ce jour-là, sera consacrée la Grande Loge Initiatique Féminine et Francophone, par Marie- Claude Batier, première Sœur Grand Maître, désignée par ses Sœurs.
Pour sa consécration qui aura lieu à Lyon au Temple de la GLNF de Rillieux-la-Pape, conformément à la Tradition, cette nouvelle Grande Loge réunira en son sein les trois premières Loges : la première de Lyon, appelée à devenir une « loge nationale », la seconde d’Avignon et la troisième de Toulon.
Une loge lilloise devrait rejoindre la nouvelle obédience avant la fin de l’année, tandis qu’une constitution est en cours à Toulouse, à Bordeaux, à Montpellier, à Marseille et à Nice.
Entretien avec Marie-Claude Bat. première Sœur Grand Maître de la GLIFF* :
L’objectif de cette nouvelle obédience reste cependant de croitre doucement la prudence s’imposant dès le départ sur l‘engagement des valeurs qui unissent les sœurs de la GLIFF
Aujourd’hui la moitié des membres de la GLIFF sont des sœurs qui avaient déjà décidé de partir de la Grande Loge Féminine de France et qui cherchaient une nouvelle obédience.
Marie-Claude Bat. s’interrogeait elle aussi avec quelques autres sœurs sur le fait qu’en maçonnerie féminine il n’existait guère de choix d’obédience : « Le choix de la mixité n’est pas le nôtre. Je considère que si les travaux peuvent être ouverts à des frères, la vie initiatique de la loge repose sur un partage d’intimité qui doit à mon sens être préservé du regard des hommes comme j’admets parfaitement que l’inverse soit vrai. En clair, le processus initiatique doit pouvoir être assuré en familiarité et en confiance ce qui nécessite une forme d’abandon de lâcher prise qu’il est plus confortable de gérer entre femmes. »
Ainsi il y a eu ces 10 dernières années à la Grande Loge Féminine de France plusieurs projets de création d’une autre obédience.
L’obstacle majeur résidait dans la crainte pour les fondatrices de ne plus pouvoir travailler en loge de perfection.
Depuis 3 ans environ, la GLFF perd entre 700 et 800 Maîtresses par an. Ces départs sont attribués par certaines au manque d’investissement dans la société de la GLFF ce qui justifierait la politique d’extériorisation intensive développée depuis une dizaine d’années.
D’autres, comme Marie-Claude Bat., pensent qu’au contraire une importante majorité de SS, regrettent cette politique et ont constaté que de nombreuses femmes, même jeunes choisissent d’entrer en maçonnerie en quête spirituelle et en recherche d’un travail en discrétion et hors du temps pour se ressourcer. « Je connais bon nombre de loges dites spirituelles qui se portent à merveille avec des colonnes bien garnies », dit-elle.
La Grande Loge Initiatique Féminine Francophone se propose donc d’offrir aux SS.'. qui ne se retrouveraient pas dans la représentation actuelle de la GLFF, une terre d’accueil en accord avec leurs aspirations
Et Marie-Claude Bat. de préciser encore qu’ « il existe certes des loges symboliques et des loges qui travaillent sur des sujets de société au sein de la GLFF et certaines font les 2 mais le travail en loge est aussi nourri par la vie de l’obédience et ce qui s’y passe atteint les loges et met en valeur les clivages au sein même des loges entre disons les « traditionnelles » et les « sociétales » ces dernières encouragées par les orientations clairement affichées par les instances dirigeantes.
Ce qui a présidé à cette création, c’est la volonté de retrouver une maçonnerie à la hauteur de nos aspirations sans aucune diatribe, ni procès d’intention. « We agree we desagree ».
Nous travaillons à la Gloire du G.’.A.’.D.’.L.’.U.’. et sur le volume de la Loi sacrée comme troisième lumière. »
Le rite de la GLIFF est actuellement le R.’.E.’.A.’.A.’. mais seront certainement créées des loges au Rite Ecossais Rectifié et du Rite Français Primordial (rétabli). « Nous nous référons à l’écossisme comme modèle maçonnique ».
« Nous avons choisi de travailler au REAA dans une version traditionnelle utilisée dans la plupart des obédiences dites spiritualistes (GLNF, GLAMF, LNF et GLTSO) et avons repensé le fonctionnement obédientiel de façon à réinvestir la fonction de VM comme plus haute autorité de la Loge au sens spirituel du terme. Ainsi la cérémonie de maître installé est mise en vigueur alors qu’elle était interdite en GLFF. Nous n’aurons pas d’autres représentantes des loges que la V.’.M.’. (pas de députée) et la Loge étant souveraine devra se doter d’un règlement maçonnique à sa guise tout en respectant bien entendu les principes édictés au niveau de l’obédience.
Nous rêvons d’une maçonnerie respectueuse de la tradition mais libre d’adopter de règles de fonctionnement différentes les unes des autres dès lors que la vocation de creuset initiatique est respectée. »
Si certains ont parlé de scission spiritualiste à la GLFF, les Sœurs qui vont fonder la GLIFF préfèrent parler d’essaimage ayant le souci de ne provoquer en aucun cas de tension avec la GLFF et son Conseil Fédéral et en tête sa Grande Maîtresse Marie-Thérèse Bes. qu’elles ont tenu informée de l’avancement de leur projet, et l’ayant rencontrée à ce sujet.
Et Marie-Claude de dire « En effet, nous ne critiquons pas la politique et ce qu’est devenue la GLFF, simplement nous avons constaté que le système fonctionne à tous les niveaux sur des bases auxquelles nous n’adhérons pas et dont nous pensons qu’il a pris un tournant irréversible. C’est la raison pour laquelle nous avons décidé de fonder notre propre temple en nous efforçant de tirer les leçons de notre expérience.
Pour autant c’est au sein de la GLFF que nous avons reçu la lumière, c’est au sein de la GLFF que nous nous sommes investies sans compter, pour la plupart d’entre nous et nous y avons appris à transmettre, nous sommes plusieurs à avoir aussi participé à la création de loges où nous avons de nombreuses attaches. Nous allons œuvrer inlassablement et patiemment car c’est notre éthique, à mettre en place des relations officielles d’amitié avec la GLFF comme avec les autres obédiences. »
A contrario, il semble que Marie-Thérèse Bes., la Grande Maîtresse de la GLFF considère la démarche des fondatrices de la GLIFF comme une mise en cause personnelle (voir l’excellent article explicatif de la Maçonne sur les circonvolutions de la Grande Maîtresse de la GLFF ).
Mais objectivement, on peut, sinon accepter, comprendre le courroux de Marie-Thérèse Bes. : l’histoire retiendra en effet que c’est sous son mandat que s’est produite la première scission de la GLFF et la création en France de la première obédience exclusivement féminine se revendiquant de la Tradition spiritualiste. Elle laissera donc son obédience dans un moins bon état qu'elle l'a trouvée en arrivant à sa charge. Ajouté aux milliers de sœurs qui ont quitté la GLFF pendant son mandat on peut imaginer qu’elle puisse être sur les nerfs…
La réaction de Marie-Thérèse Bes. étant très colérique, il est clair qu’elle n’a pas l’adhésion des sœurs en partance pour la GLIFF, mais, comme elle cite sa réélection à 95 % des voix, elle ne devrait pas se sentir mise en cause par l’extrême minorité qu’elles représentent. A moins que la majorité silencieuse et apparemment consentante ne se mette à s’exprimer ou à vouloir rejoindre la GLIFF ; tant mieux s’il y a débat ! En tout cas, l’avenir le dira.
A noter que les 5 % qui n’ont pas voté pour Marie-Thérèse Bes. représentent exactement le nombre de SS.’.MM.’. qui quittent la GLFF chaque année, soit 700…
Et Marie-Claude Bat. d’ajouter : « Il était donc temps pour nous de prendre nos responsabilités et créer une autre obédience qui permette aux sœurs (et aux profanes) de choisir le lieu dans lequel elles pourront pratiquer une maçonnerie proche de leur idéal, celle qui leur a été transmise. Il se trouve qu’aujourd’hui nous avons des adhésions de sœurs qui avaient déjà décidé de partir de la GLFF mais nous commençons à avoir des sœurs qui ont quitté la GLFF il y a plusieurs années et qui demandent leur intégration à la GLIFF soit qu’elles avaient quitté la maçonnerie soit qu’elles étaient parties dans une obédience mixte. »
Et de conclure : « Nous n’avons pas d’autre ambition que celle-là, car crois-moi, créer une obédience ex nihilo est une véritable aventure et lorsque les premières fondatrices m’ont demandé mon aide c’est bien volontiers que je les ai soutenues dès janvier 2017, et ce, en toute transparence. Cela dit, les sœurs qui m’entourent* et qui m‘ont élue à la tête de cette entreprise, sont enthousiastes et réfléchies autant qu’elles ont déterminées. Leur parcours qui va de 11 à 50 ans de maçonnerie, témoigne de la qualité de leur motivation et de l’humilité de leur démarche. »
*Marie-Claude Bat. a occupé la fonction de Grande Oratrice au sein du Conseil Fédéral de la Grande Loge Féminine de France (de 2007 à 2009), et deux autres anciennes grandes officières au sein du Conseil de l’ordre l’accompagnent dans la création de la GLIFF, ainsi que nombre d’anciennes VV.’.MM.’..
Elle a soutenu activement la candidature de Marie-Thérèse BES. à la Grande Maîtrise comme de très nombreuses sœurs soucieuses de voir restaurer une approche traditionnelle de la GLFF davantage dans la discrétion et plus axée sur la transmission maçonnique.
Âgée de 67 ans, elle a été initiée au REAA en 1995 à Lyon. Elle a, par ailleurs, été à l’origine de la création d’une loge à Lyon au Rite Ecossais Rectifié.
Députée à de nombreuses reprises et conseillère fédérale, Grande Oratrice, elle a présidé la Commission Conventuelle de la Constitution avant de démissionner au convent de mai 2017.
Elle est juriste spécialisée en droit social, consultante en GRH et experte en techniques de gestion et paie. Elle a créé son entreprise en 1995 qu’elle dirige encore et est lauréate du réseau Entreprendre 1997 où elle s’est investie depuis cette date dans l’aide aux créateurs et repreneurs d’entreprise.
Elle a aussi été membre du conseil d’administration de l’Association lyonnaise d’éthique économique et sociale et elle est Conseiller prud’homal à la section Industrie depuis plus de 20 ans.
Ceci démontre, s’il en était besoin, que le fait de ne pas vouloir travailler des sujets de société en loge n’a strictement rien à voir avec l’investissement citoyen ou associatif que l’on peut avoir en dehors du temple contrairement à ce qui est véhiculé parfois.
Les 9 autres sœurs conseillers de l’ordre n’ont rien à lui envier à ce sujet : femme de diplomate pendant 40 ans, 4 dirigeantes d’entreprise, assistante de direction, chercheur à l’INRA, infirmière, opticienne, retraitée, elles sont actives et désireuses de trouver dans les Loges de la GLIFF la distanciation indispensable à l’exercice du discernement et l’élévation spirituelle, l’énergie pour accomplir à l’extérieur du temple ce pourquoi nous sommes là, œuvrer modestement dans leur sphère d’influence, au progrès de l’humanité.
