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Le Myosotis du Dauphiné Savoie - Le Blog des Fidèles d'Amour -

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Tribune consacrée à la défense de la Franc-Maçonnerie régulière d'inspiration judéo-chrétienne.


ET SI ON COMMENCAIT…

Publié par Fidèle d'Amour sur 3 Octobre 2021, 18:13pm

ET SI ON COMMENCAIT…

La publication d’un récent article consacré à une interprétation au travers de la Thora d’une partie du Rituel d’Installation des Vénérables Maîtres a amené un abondant courrier au Myosotis du Dauphiné-Savoie, la majorité souhaitant plus de publications sur ce thème.

Puisque l’objet de ce blog est aussi de « présenter des articles reflétant mes études, lectures, engagements, et sympathies », voici une série d’articles consacrés à comprendre la première section de la Thora, La Genèse, et particulièrement son premier mot, « Bereshit », traduit généralement par « Au commencement ».

J’ai eu déjà l’occasion d’expliquer aux nombreux Frères que j’ai emmené en Israël l’esprit de la mystique juive, et comment percevoir les « messages codés » de la Bible. En effet, chaque mot, mais aussi chaque lettre de chacun des 600.000 mots de la Thora a son importance, tout comme d’ailleurs certaines interprétations, particulièrement celle de Rashi, initiales de Rabbi Shimon Itshaki, rabbin qui vivait à Troyes en France, au Moyen-Age (XIIème siècle).

Ce n’est pas pour rien qu’il est dit que le Monde a été créé par les lettres de l’alphabet hébraïque.

Aussi, alors que le Peuple juif vient de lire ce Shabbat cette première section de la Thora, celle qui parle de la création du monde et commence par le mot « Bereshit », je choisis de rentrer dans ce texte, ou plutôt dans ce questionnement au travers de la pensée de l’un de mes Maîtres, le Rabbin Léon Ashkenazy plus couramment connu par son totem aux Eclaireurs Israélites de France « Manitou ».

Dans l’étude traditionnelle, il convient donc de rechercher le pourquoi de chaque mot du Lachon Hakodesh, la langue de la révélation, l’hébreu. C’est important car les universitaires ou les théologiens non versés dans cette étude spécifique, ne voient pas l’enseignement de sagesse transmis par ce moyen. Or, c’est par le biais du contenu de vérité des mots de la langue de la Révélation qu’on peut accéder à la vérité de la Thora, vérité du Créateur, différente des connaissances obtenues par les seules forces de l’intelligence humaine.

Voyons donc le texte de la Création dans la Bible :

« Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. » (Genèse 1,1)   

Bereshit bara Elohim et hashamayim veet haaretz.               

בְּרֵאשִׁית בָּרָא אֱלֹהִים אֵת הַשָּׁמַיִם וְאֵת הָאָרֶץ.

Les premiers mots de la Thora (Genèse 1 et 2)

Les premiers mots de la Thora (Genèse 1 et 2)

Le Monde.

Pour désigner ce qu’en français on appelle « le monde », l’hébreu dit : « Les cieux et la Terre ».

En effet, le mot Olam (pluriel Olamim) qui se traduit par « monde », signifie d’abord le temps que dure le monde. C’est beaucoup plus tardivement, après la rencontre avec les cultures environnantes qu’en hébreu rabbinique, ce même mot de Olam (pluriel Olamot) signifiera l’espace d’un monde ou sa spatialité. Or, c’est bien le monde, et ni D-ieu ni l’homme, qui fait l’objet du récit du commencement que l’on nomme « la Genèse ». C’est que, pour la parole biblique, D-ieu est une évidence, parce que l’homme est une évidence. L’objet de la perplexité, c’est le monde, car l’existence du monde est une énigme. Un « mystère », diraient les grecs, un « secret » préfèrent dire les rabbins…

Un mystère est une connaissance que l’on ne possède pas parce qu’on ne peut pas la posséder. Un secret est une connaissance que l’on ne possède pas actuellement, mais que l’on pourrait posséder à certaines conditions d’initiation.

Cela vient de ce que la notion même de création du monde échappe à la raison. Elle est renvoyée par le récit biblique à l’absolu du commencement, c’est-à-dire à l’impensable absolu. Les commentateurs traditionnels, et en premier lieu Rashi, indiquent que le premier des mots du récit, « Au commencement », pose problème et demande à être expliqué. En effet, la création ne pourrait avoir lieu avant son propre commencement, ni après, Ce « commencement » coïncide avec la création elle-même. Le mot semble donc bien être de trop. Que signifie-t-il ? Que désigne-t-il ? Nahmanide (1) signale que le terme même de création est un « secrt profond » que l’on ne peut comprendre à partir de l’écrit et ajoute que ceux qui le connaissent (par initiation) doivent se taire. Voici une exhortation bien curieuse ; Si ceux qui le connaissent doivent le taire, comment ceux qui l’ont appris l’ont-ils appris ? On le voit bien, ces « choses du commencement » ne sont pas simples !

Dès que leur problématique se trouve posée, elles renvoient à une tradition de sens hors de laquelle l’écrit reste ce qu’il est en fait, scellé, hermétique.

Il n’était nécessaire de commencer la Thora que par la première des lois données

à Israël. Pour quelle raison commence-t-elle par « Au commencement » ?

s’étonne Rshi. C’est que le message véhiculé par cette information de la prophétie hébraïque : « le monde est une création » dépasse en importance toute difficulté exégétique. La tradition rabbinique donne plusieurs dimensions doctrinales à ce message. L’une d’entre elles concerne le problème moral.

La création du monde : acte moral par excellence.

Pour les théologiens philosophes, croire en la création serait un acte de foi indémontrable, auquel on adhère pour des raisons subjectives, en général d’ordre mystique. Croire signifierait en ce cas que c’est ainsi qu’on préfère penser. Il s’agit, dans le sens strict, d’une opinion formulée en certitude de foi. Seuls les maîtres du Midrash (2). Ceux-là mêmes que l’on a coutume de réputer « mystiques », savent en donner une explication intelligible.

Selon eux, une annulation d’un point de l’Être absolu (l’Infini, le Ein Sof), antérieur à toute existence, précède la création ex nihilo (être à partir du néant). Or, si l’esprit humain éprouve une grande difficulté à maîtriser l’idée d’un être qui apparaît à partir du néant, il est en revanche plus réceptif à l’idée inverse, celle de la néantisation d’un point de l’être, La cessation d’existence au moment de la mort, quelle que soit la frustration affective qu’elle implique, nous est, hélas, une expérience familière. On prête moins attention - à cause sans doute de l’atmosphère de joie qui l’accompagne – à l’apparition d’une présence humaine, à la naissance de chaque enfant. Il en résulte qu’une création in nihilo, dans le point de néant résultant du projet de créer l’espace du monde, est bien plus intelligible que la notion inverse de création ex nihilo.

Quoi qu’il en soit, il est important de remarquer que la description métaphysique de l’acte de créer est toujours considéré par les maîtres du Midrash et de la Kabbala comme servant uniquement de support conceptuel à une notion d’ordre moral : créer, c’est donner l’être à autre que soi. Plus que notion métaphysique destinée à rester intelligible à quiconque n’est pas initié à l’hébreu des prophètes, il s’agit d’une catégorie de signification de sens moral. On notera que la racine bara, qui signifie en hébreu « créer » dans le sens de la création ex nihilo exprime simultanément en araméen l’idée de situer à l’extérieur (3) et celle de faire fils.

La notion de création considérée avec sérieux distingue donc en l’être deux essences : la créature dont toute l’essence consiste à recevoir l’être qui lui donne existence, et le Créateur dont toute l’essence consiste à donner l’être.

La relation primordiale est originellement une relation filiale. Le mot אב (av) qui signifie « père » en hébreu, est le premier mot de l’hébreu des prophètes ; il est formé en effet des deux premières lettres de l’alphabet hébraïque…

Cela explique sans doute pourquoi le texte de la Thora qui est lu à Rosh Hashana, le nouvel an juif, jour du souvenir de la création du monde, est celui du récit de la naissance d’Isaac, fils d’Avraham. Cette naissance, impossible mais nécessaire, est exemplaire du mystère, de l’énigme de la création du monde.

  1. Rabbin du XIIIème siècle, appelé au aussi le Ramban, médecin, exégète de la Bible et du Talmud, poète liturgique, philosophe et kabbaliste, il est considéré comme le décisionnaire majeur de sa génération, et l'une des plus éminentes autorités rabbiniques du Moyen Âge.
  2. Méthode de recherche sur le texte : voir Wilkipédia ou autres.
  3. Cf. le latin ex-sistere, littéralement « situer à l’extérieur ».

Cette petite étude est dédiée à l’élévation de l’âme de Paulette Vachon et à celle de Guillaume Toubol.

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